02/11/2003

13. Réflexions à l'occasion de la Toussaint.


    LA MORT DANS NOS MAISONS DE REPOS.


Depuis les années 50, les rituels funéraires sont de moins en moins suivis dans le monde occidental. Ils ont de ce fait perdu de leur efficacité. Or, les rituels ont une fonction sociale essentielle. Ils servent notamment à canaliser les émotions (on cesse de pleurer à la fin du deuil), et donnent l'occasion au groupe social de venir témoigner de la perte lors de l'enterrement.
On n'ose plus faire part de son émotion alors que le rituel autorisait l'expression de la tristesse et de la souffrance, et facilitait ainsi le travail de deuil. Les rituels aidaient à cicatriser la plaie et facilitaient le retour à la sérénité. Avec les guerres mondiales et l'invention de la bombe atomique, les gens vont se rendre compte que la mort peut potentiellement supprimer l'espèce humaine. Dans le sillage de l'individualisme forcené et des progrès de la science, la mort est devenue «vraiment» dangereuse. La mort n'est plus perçue comme le résultat du cycle naturel des espèces mais bien comme une menace. Résultat: on va la tenir éloignée le plus longtemps possible, on va la cacher quand elle survient, on va la «vivre» au plus vite, et on va tenter de réduire ses aspects les plus effrayants, comme ceux liés à la décomposition des corps, en privilégiant par exemple la crémation. Une dérobade qui rend le deuil d'autant plus difficile.


 
Marie-Frédérique Bacqué.
Marie-Frédérique Bacqué, psychologue et maître de conférences à l'université de Lille, a publié «Apprivoiser la mort» aux éditions Odile Jacob.
 

Dans nos Maisons de Repos et de Soins aussi, la mort est occultée. Les rituels funéraires se déroulent de façons fort inégales et sont parfois absents ou réduits au minimum. Plus grave encore, les décès se suivent parfois à un tel rythme que la mort s'en trouve banalisée. Cette situation est psychologiquement malsaine.
Comment permettre et faciliter le retour à la sérénité après un deuil en Maisons de Repos et de Soins ?
Il nous semble, par exemple, utile et profitable de se réunir quelque temps après la disparition d'un résident.  Inviter la famille, les soignants qui ont été les plus concernés, et surtout ne pas oublier d'y convier les résidents qui avaient une certaine intimité avec la personne disparue. Evoquer la mémoire, non plus en l'idéalisant comme juste après le décès mais en partageant des souvenirs, des anecdotes avec le groupe. Quitter les images figées, prendre les distances avec l'idéalisation du mort, les remerciements exagérés, pour témoigner en rappelant d'une manière plus juste les traits de caractère de la personne disparue, ses qualités comme ses défauts, et ainsi retrouver un juste milieu. Cette étape me paraît indispensable pour faire le véritable deuil, pour déculpabiliser si nécessaire.
Ces réunions apaisent et aident à une vraie réflexion sur la mort.

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