28/04/2005

78. Témoignage d'une situation vécue.


«Depuis le début de cette année,je m'occupe de personnes âgées, chez elles. Je les aide à se laver, à s'habiller, je fais les courses, les repas, un peu de ménage.
Par rapport à mon expérience précédente dans une maison de retraite, c'est le jour et la nuit!

J'ai été horrifiée par ce que j'y ai vu, au point de me demander si je n'avais pas fait fausse route en m'engageant dans cette voie professionnelle.
Je travaillais en Seine-Saint-Denis. De l'extérieur, le bâtiment de trois étages avait l'air très bien. A l'intérieur, c'était l'enfer...

A 8 heures, on commençait par changer les personnes incontinentes et les habiller. Le matin, ils étaient parqués - il n'y a pas d'autre mot - dans une salle commune, devant un poste de télévision. Personne ne s'occupait plus d'eux jusqu'à midi. Dans cette salle, tout le monde est mélangé. Pour ceux qui sont en bonne santé, le spectacle de la décrépitude des malades d'Alzheimer est vraiment triste. Pas étonnant qu'ils soient tous déprimés. Il ne se passait pas un jour sans que j'entende l'un des pensionnaires me dire: "J'ai envie de mourir."
Les plus agités étaient carrément attachés à leur chaise; Un jour, j'ai voulu changer une dame qui avait fait sous elle; on m'a dit que ce n'était pas l'heure…
Alors qu'il faudrait passer du temps avec chacun, leur parler doucement, les écouter…

...Dans ces établissements, il n'y a pas assez de personnel. Les femmes qui y travaillent, mal payées, n'aiment pas ce qu'elles font, et je les comprends. S'occuper des personnes âgées à leur domicile, c'est tellement mieux! On n'est pas mieux payé, mais on peut prendre le temps de connaître la personne, de s'adapter à ses besoins. Dommage que la formule ne soit accessible qu'aux plus aisés.»
 
Extraits du témoignage d' Aïda B., auxiliaire de vie, recueilli par Hélène Constanty, journaliste,
et  publié dans "L'EXPRESS" du 18/04/2005.



























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