01/06/2006

131. Une fin de vie en toute quiétude.

 

Un jour prochain, je ne reviendrai pas de ma promenade. Je le sais, je l'attends, je ne le redoute guère. Je partirai par quelque sentier familier. Mes pensées gambaderont, indomptables. Soudain, épuisé par mes échafaudages, grisé, exalté, mon coeur se mettra à hoqueter. Je chercherai appui sur quelque chêne de ma connaissance.

Là, dans cet état, mélange de torpeur et d'ultime sérénité, j'aurai, l'espace d'un instant, la plus précieuse illusion : le monde, tel que je l'ai connu, m'apparaîtra comme un vulgaire cauchemar, et c'est le monde de mes rêves qui prendra des allures de réalité. Je recommencerai à y croire, à chaque instant un peu plus. C'est lui que mon regard embrassera une dernière fois. Un sourire d'enfant viendra illuminer ma barbe couleur de montagne. Et, en quiétude, je fermerai les yeux.

 

extrait du roman " le premier siècle de Béatrice " d'Amin Maalouf.

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